Xpedition One Philippines

Manille – Direction la Cordiellere (Pinatubo, Baguio, Sagada, Bontonc et Banaué)

Manille : depuis 3 heures nous sommes prisonniers de cet enfer roulant, les Jeepneys, fleurons automobiles philippins, grouillent de toute part, contrôlant le flux de la circulation. Leurs couleurs sont éclatantes et leurs décorations aux inscriptions et images religieuses surprenantes : “God is Lord, God save us,God is with us”.Il faut dire que plus de 85% de la population est catholique. Aucun panneau de signalisation. Après tous ces errements, à un rond-point, deux convois funéraires se suivent au milieu de la confusion générale, vision irréelle.

 

L’autoroute de Manille à Tarlac (100 km) traverse une vaste plaine. Le volcan Pinatubo, se dresse sur notre gauche et rappelle le désastre de 1991. Il faut savoir qu’avant cette date, de mémoire d’homme, il n’avait jamais été en activité. En 1991 les signes d’un éveil ont pu-être été détectés , ce qui a permis une évacuation massive sauvant ainsi la vie de milliers de personnes. Ce fut l’éruption la plus importante du vingtième siècle. La quantité de cendres répandues sur le sol et la quantité de gaz dans la stratosphère n’avaient jamais été atteintes depuis celle du Krakatoa en 1883. A la suite de quoi la base Américaine de Clark fut complètement détruite et abandonnée. Le Pinatubo est donc le responsable du retrait des Américains des Philippines…

Nous quittons la plaine. La jeep serpente à travers une chaîne montagneuse ; la nature nous parle, c’est grandiose, époustouflant. Nous prenons la direction de Baguio.

 

 

La végétation change d’apparence : des pins, importés à la fin du siècle dernier par les Américains et les Canadiens, s’élèvent jusqu’aux crêtes.

D’où le surnom de Baguio (la ville aux sapins), avec son jardin botanique luxuriant et un ancien campement américain de la deuxième guerre mondiale devenu aujourd’hui un lieu incontournable de la cité.

La température s’est rafraîchie. Les sept heures de trajet sur une route en cours de construction nous coupent le souffle. Dans un décor des plus majestueux, nous avançons jusqu’à la crête. C’est le contre flanc de la cordillère, notre direction : Sagada.

Minuscule Sagada, nichée sur elle-même, bâtie sur une formation géologique de roche de sable renfermant de nombreuses grottes, comme la grotte Sumaging avec ses cercueils entassés les uns sur les autres ou suspendus, vestiges d’un passé déjà lointain.

Le matin se lève, des rayons de soleil percent la couche brumeuse en ce début de journée de juin.

Nous roulons sur une corniche à plus de 1300 mètres d’altitude. A nos pieds le vide, une vallée où s’écoule un torrent impétueux bordé par des rizières en étage. C’est tout simplement magnifique.

Les conditions précaires de travail sur ces réseaux montagneux donnent toute leur force aux groupes ethniques locaux. Habitués au danger, mâchant du bétel et mangeant du chien, ils maintiennent et reconstruisent des ponts ou consolident les corniches qui s’effondrent.

La Jeep Indiana trouve à chaque fois son passage dans le dédale de roches tombées de la montagne. On croise quelques Jeepneys et bus chargés à ras bord de passagers et de matériels.

Toutes ces machines, de fabrication régionale, circulent miraculeusement et leurs destinations sont bien souvent hasardeuses.

Nous dévalons la pente vers le torrent, un petit village, au tournant du chemin. Je veux m’assurer de notre direction et voilà, je me suis trompé au croisement de Bontoc, retour en arrière…

Nous éclatons de rire. Les Mimi Australiennes (esprits bienveillants) sont ici avec nous. Cette erreur de direction m’a permis de découvrir une région sublime pour la beauté et la sérénité de ces lieux (spécialement la sleeping lady : une montagne nommée ainsi car sa silhouette ressemble à celle d’une femme endormie).

Bâtie autour de son marché, on découvre Banaue, petite ville à 1300 metres d’altitude, son minuscule musée où sont exposés des ustensiles et des costumes tribaux des Ifigaos, ainsi qu’une collection de vieilles photographies.

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Comme tous les autres lieux aux Philippines, c’est un endroit vivant, grouillant, mais avec son caractère propre : un coté montagnard. Depuis des milliers d’années les Ifigaos y perpétuent leurs traditions. Ils ont construit à mains nues des terrasses soutenues par des murs de pierres : 20.000 km si on les met bout à bout, soit la moitié de la circonférence de notre terre, ou 10 fois la longueur de la muraille de Chine. Elles sont datées de 2 à 6000 ans et sont, le plus grand projet agricole de tous les temps.

 

Soudain un attroupement de quelques motos et véhicules. Devant nous, d’énormes rochers et des arbres déracinés: un éboulement provoqué par l’explosion de dynamite a bloqué la route.

Je gare ma Jeep et traverse l’éboulis pour voir ce qui se passe au-delà. Les dégâts sont limités et la route reste ouverte dans la direction de Batad, terminus de notre itinéraire. De ce côté une Jeepneys est elle aussi coincée et ne peut rejoindre Banaue à cause de l’éboulement. On convient d’un prix raisonnable pour la louer et continuer vers Batad.

Quels lieux ! Il faut bien regarder pour sentir et comprendre cet endroit et l’imaginer dans son contexte. Car tout y est présent.

 

 

 

Les populations Ifigaos sont accueillantes et ouvertes. Notre guide nous rend la tâche plus facile et nous fait mieux comprendre leurs problèmes : le manque de main d’œuvre jeune, car il faut être jeune et fort pour travailler dans cet environnement. La jeunesse part vers la capitale, espérant gagner plus d’argent. Les terrasses souffrent de cet exode.

Après avoir monté et descendu quelques centaines d’escaliers de pierre et marché sur des centaines de mètres d’allées entre les parcelles des rizières, nous croisons les hommes, portant des pierres ou des grappes de riz sur l’épaule, pendant que les femmes penchées sur le sol cueillent et mettent en botte la précieuse céréale.

Un déjeuner bien mérité nous attend. Quelle vue ! Nous contemplons ce lieu magique au son des couverts. Le dessert ? Original : un massage des pieds !

Nous sommes au cœur du marché, les Ifigaos sont descendus de leurs montagnes, accompagnés de leurs trésors : sculptures en ébène, tissages, costumes traditionnels, un retour dans le temps, riche en couleurs.