Xpedition One Philippines

Voyage aux Philippines avec François

Voyage aux Philippines

Françoise et moi y pensions depuis longtemps mais c’est en janvier 2015 que tout s’est mis en place pour rendre possible notre trip au Philippines. François nous conseilla de venir en avril, 10 jours après Pâques et en plein milieu de la belle saison (comprendre par là sans cyclone ni typhon).

Un voyage en Asie commence toujours par un vol au long cours.
Nous avons booké sur Singapore Airlines, et nous ne l’avons pas regretté. Les hôtesses habillées d’une robe moulante dessinée par Balmain en 1972 sont attentionnées, souriantes et belles (il parait qu’il y a des stewards mais personnellement je n’ai pas fait attention).
Dès le premier pas dans l’Airbus 380 nous avons été accueilli avec des serviettes chaudes, des boissons fraiches, et cela a continué comme cela tout au long d’un voyage de 12 heures jusqu’à Singapour, suivi après une petite correspondance de 2 heures, d’un autre vol tout aussi cool sur Manille où nous sommes arrivés en milieu d’après-midi. A noter l’arrivée sur la ville et la vue imprenable sur de vastes bidonvilles constitués d’habitations sommaires, de cabanes faites de tôle et de matériaux de récupération : il faut bien loger tout le monde.

François nous attendait à l’aéroport flanqué de Passepartout, un philippin, ancien policier qui résout tous types de problèmes, connait bien Manille et rend service. Comme nous ne rencontrons aucun problème nous sommes vite installés dans un superbe hôtel qui domine une partie de la baie de Manille. Le trajet de l’aéroport à l’hôtel nous donne un avant-gout de ce qui deviendra rapidement notre quotidien : un ballet de taxi collectifs colorés et poussifs : les Jeepneys (fabriqués au départ à partir des Jeep laissées par les Américains) les rares trous dans la circulation étant occupés par des Tuk-Tuk, sorte de tricycles motorisés dans lesquels il n’est pas impossible de caser 5 personnes.

Repas à Manille et apprentissage de quelques règles simples quand on traverse une route : montrer qu’on est là, ne pas trainer, ne pas tenter le diable et regarder où on met les pieds. On comprend vite et notre instinct de conservation fait le reste.

Le lendemain, une demi-journée consacrée à la visite de Manille, ou plus exactement à celle des essentiels de Manille. C’est vrai que la ville est bruyante et encombrée, pleine de vie et pas vraiment un modèle de ville musée, mais si j’y reviens j’aurai envie d’y séjourner un ou deux jours de plus.

Départ en direction de la Cordillère (plein nord) en début d’après-midi et nuit à Tarlac, escale technique sans beaucoup d’intérêt. Un conseil, écouter ceux de François quant au choix du plat le soir au restaurant.

Rapidement nous avons pris de l’altitude et perdu quelques degrés de température ce qui est vraiment agréable. Arrivés à Baguio nous découvrons l’hôtel étape au milieu du camp John Hay, l’ancien QG des forces américaines aux Philippines. L’hôtel est à l’image de la sensibilité et des choix esthétiques de François, qui rejoignent les nôtres. Il en sera d’ailleurs ainsi dans tous les endroits où nous dormirons par la suite

Les 4 jours qui suivirent nous amenèrent de Baguio à Sagada, de Sagada à Banaue.

La Cordillère c’est une partie de l’âme des Philippines, le reflet de ses richesses, de son potentiel et de sa pauvreté. Quand elle ne s’installe pas au fond des vallées, la vie se regroupe le long des routes de montagne. On y construit sa maison, on vit sur le pas de la porte, les enfants y jouent, le riz y sèche, les instruments du quotidien y trainent, on y vend les produits locaux et on vous regarde passer en souriant.

Pour faire une route à flanc de montage, on prend une ou deux pelleteuses, de la dynamite et on creuse en faisant exploser ce qui résiste. Quand c’est à peu près dégagé on ferraille, on bétonne et on passe à la suite. Quand le village à atteindre est au bout d’un sentier escarpé et que le bon sens voudrait qu’on fasse décrire à la route quelques lacets, on va construire une route là ou passe le sentier avec des pentes de 10% quand ce n’est plus. Quand la montagne, après un orage, s’écroule sur la route, on fait revenir une pelleteuse (on aura fait attention à en laisser une pas trop loin) et on déblaie.

Quand la montagne tombe un peu trop sur la route, on appelle une dizaine d’ouvriers et on monte à la main des murs de pierre en utilisant les mêmes techniques ancestrales qui ont prévalues à la construction des rizières suspendues.

Parlons en des rizières suspendues. Ces endroits font partie des plus beau paysages que nous ayons eu l’occasion de découvrir, et avec Françoise, nous nous sommes quand même pas mal baladés.
Avec Loloy, un guide ami de François, ces balades (faciles) vous conduisent au centre de ces extraordinaires rizières en terrasse en cheminant le long des murs en pierre qui les délimitent. Dans la cordillère, qui ne connait qu’une récolte de riz par an, nous en étions à la saison où l’on plantait. Dans la vallée ou nous serions une semaine plus tard, il est possible de faire 3 récoltes fois par an et nous avons assisté à la récolte et au séchage du riz.

Si vous venez un jour, demandez à François comment il nous a aidé à Banaue à acquérir les objets souvenirs des Philippines que Françoise et moi avions décidés de rapporter.

A ce propos, je ne parle pas beaucoup de François, notre conducteur émérite, notre guide et ami. Disons seulement qu’égal à lui-même, et malgré une grippe qui lui avait fait mettre un genou à terre, il a été parfait : agréable, prévenant, curieux, amusant et efficace. Une des nombreuses qualités de François (rassurez-vous, il a aussi des défauts) c’est sa capacité à nouer le contact avec les gens qu’il rencontre ou au-devant desquels il va. Lors de ses précédents passages il a créé des liens qu’il met au service de son « tour » se créant un tissu relationnel qui donne l’impression qu’il souvent chez lui et que nous sommes ses invités.

Dans la cordillère tout est beau, la nature, les paysages, les gens, et en plus, à part nous, les touristes il n’y en a pas trop.
Pour un photographe comme moi c’est magique : les décors somptueux, les rizières qui miroitent en fonction du temps et de l’heure du jour, les hommes et les femmes au travail, les villages, les Jeepneys multicolores, les Tuk-tuj chromés, les marchés, les volcans, la mer (j’en parle plus loin) et tout le reste.
A ce propos, nous avons découvert dans l’hôtel où nous étions descendus à Sagada le travail formidable d’Eduardo Masféré, qui photographia entre 1934 et 1956 les peuples de la Cordillère. L’hôtel appartenant aux descendants d’Eduardo, il est en partie décoré des tirages vintage du photographe : un régal.

De retour à Paris j’ai pu me procurer le livre (depuis longtemps épuisé) de ce grand photographe, un document superbe qui nous permet à Françoise et moi de prolonger notre voyage.

Nous avons fini par revenir dans la vallée. Escale technique à Tarlac, traversée colorée, poussiéreuse, marrante et longue de Manille, passage obligé pour se rendre dans l’est de l’ile (de Luzon).

Commence alors la seconde partie du voyage, celle de la plaine, des volcans et de la mer, celle qui nous amènera chez François.

Après Manille, la route (un chouïa interminable) nous amène au bord d’un paysage d’exception le lac Tall, un must pour les amateurs de volcans. Là encore je ne dévoilerai rien sauf à dire que c’est beau, chaleureux (merci à Lisa et à sa famille) et que l’accès à la caldera est rendu facile et distrayant par l’utilisation de plusieurs moyens de locomotion.

Le lendemain, ballade et rencontres sont au programme d’une journée mémorable sur la voie de chemin de fer abandonnée qui reliait naguère Manille à Legazpi. On ne lèvera pas le voile sur ces beaux moments poétiques et mécaniques.

Puis nous avons quitté la terre pour embarquer sur une grosse banca, capable de rallier en quelques heures de croisière tranquille les iles avoisinantes. Ce fut aussi l’occasion de quitter les routes sur lesquelles nous avions roulé un bon paquet de kilomètres et de profiter du soleil et de la mer à un rythme beaucoup plus lent et reposant.

C’est un autre aspect des Philippines qui s’est offert à nous, à travers la pêche, la plongée et les ballades à la découverte des paysans insulaires. Plein de belles surprises au programme, et nous n’en diront pas plus sauf à dire que nous avons eu la chance de croiser un requin baleine qui exceptionnellement nageait en surface.

Dernières journées en compagnie de François, sur ses terres partagées entre la visite d’anciens vestiges des premiers colonisateurs Espagnols et la demeure de François.

Pour ceux qui ont connus le camp de Bodeidei, c’est émouvant de retrouver dans un décor asiatique un morceau d’Arnhem Land, des souvenirs de Georges, de Maggie, de Philip et de sa famille, des tableaux, des photos, des objets exposés dans une belle maison qu’il a imaginé et construit.

Nous nous sommes quittés à Légazpi pour un vol sur Manille, prélude à notre remontée sur Paris.
Dans la capitale retrouvée une grosse poignée d’heures plus tard, je le suis surpris à sourire aux gens que je croisais dans la rue, comme j’en avais pris l’habitude pendant quinze jours. Inutile de dire qu’on m’a regardé d’un drôle d’air.

Bruno Cabanis